L’intelligence artificielle, une course mondiale à l’innovation

Depuis quelques années, la recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) explose ; le nombre de brevets déposés dans le monde ayant presque doublé entre 2005 et 2015. Dans cette course à l’innovation, les entreprises privées sont à la pointe, en particulier les géants du Web qui collectent des milliards de données ; une ressource stratégique dans le domaine de l’IA. Mais au-delà de ces entreprises, cette compétition s’inscrit aussi dans des rivalités géopolitiques entre les États.

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Dans la géographie mondiale de l’intelligence artificielle, ce sont les États-Unis qui dominent largement la recherche et le développement. Leur territoire abrite en effet des géants du Web (les GAFA : Google, Amazon, Facebook, Apple notamment) ainsi que de très nombreuses startups spécialisées dans le domaine de l’IA. Cela s’explique par la forte attractivité du pays dont les ressorts sont nombreux (salaires plus élevés, projets plus ambitieux, culture entrepreneuriale, excellence universitaire, etc.).

La Chine, un concurrent sérieux

Toutefois, la domination américaine est menacée par l’émergence d’autres géants chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) qui ont su se développer à l’abri des technologies américaines. Pékin a en effet interdit ou fortement limité l’accès aux services Internet proposés par les GAFA, laissant le champ libre à des entreprises locales. En outre, la Chine s’est impliquée dans le domaine de l’IA (plan triennal, construction d’un parc technologique d’une valeur supérieure à deux milliards de dollars, développement de l’enseignement dédié à l’IA, etc.) avec l’objectif d’être le premier centre d’innovation en IA d’ici 2030.

De plus, Pékin cherche à limiter le flux d’étudiants et ingénieurs chinois migrant vers les États-Unis à l’image de Kai-Fu Lee. Ce dernier, autrefois employé chez Apple, Microsoft puis Google, est revenu dans son pays pour créer en 2009 un fonds d’innovation pour investir dans  des startups en Chine. Fort de son expérience, il encourage des étudiants chinois à retourner travailler dans leur pays ou à postuler pour des startups chinoises à l’étranger, dans le cadre de conférences organisées aux États-Unis.

Le retard européen

Face à ces deux géants, l’Europe prend du retard alors que des pays européens sont plutôt propices au  développement de l’IA. Des pays comme l’Espagne, la France ou le Royaume-Uni ne sont pourtant démunis ni d’ambitions ni de capacités, comme en témoignent les  startups Artelnics, Shift Technology et Darktrace, ou des initiatives gouvernementales telles que la stratégie « France IA » lancée le 20 janvier 2017.

Mais l’absence de volonté politique n’a pas encouragé le développement d’entreprises de taille mondiale. Cela explique qu’une partie des étudiants et ingénieurs formés en Europe préfèrent travailler outre-Atlantique, où les salaires et les opportunités sont plus attractifs. Le cas le plus emblématique est certainement celui de Yann LeCun, ingénieur français parti enseigner à New York et recruté depuis 2013 par Facebook dans sa division IA.

 

Notes :

*Afin de déterminer les environnements nationaux les plus propices au développement de l’IA, nous avons construit un indicateur en cinq classes par le croisement de 12 variables quantitatives pondérées pour 55 pays (classement de Shanghaï, brevets déposés en IA, niveau en mathématiques et en informatique récompensé par des prix, etc.).

** La liste des 100 startups les plus prometteuses en matière d’IA a été dressée par le média américain CB Insight parmi plus de 2500 startups de tous les pays.